Le Mastering par Dominique Blanc-Francard
Un article tiré de messages sur la Mailing-Liste de macmusic.
Historique du Mastering ![]()
Plus de gravure mais du Pré-Mastering ![]()
Faire son Pré-Mastering ? ![]()
Au niveau du mix ![]()
1/ Historique du Mastering : Avant
l'ère bénie du CD, on transférait nos délicieuses
bandes master 1/4 ou 1/2 pouce sur des vinyls. Je rappelle au passage, et
fort ému, car cela nous ramène au moyen-age, qu'avant de porter
sa bande au "mastering", l'ingénieur du son d'époque
passait quelques nuits blanches à nettoyer ses mix, à faire,
avec le réalisateur, l'ordre des morceaux, que l'on assemblait méticuleusement
sur une grande bobine avec des amorces blanches de 3 à 4 secondes entre
chaque titre. Quand par malchance et à cause d'absence de Dolbys, la
bande master était un peu trop bruyante, soufflante ou polluée,
le producteur hurlait en écoutant le montage final au casque et nous
imposait de remplacer toutes les amorces par de la bande ENREGISTRÉE
avec un souffle équivalent à celui des mixes afin d'éviter
à l'auditeur d'entendre un silence absolu entre les morceaux... Quelle
époque...
Après avoir été écoutée 200 fois et enfin
acceptée par la prod, la bande master prenait enfin le chemin (de croix...)
du studio de mastering pour être transférée sur le flan
original : plaque de tôle recouverte d'une couche minuscule de vinyl
qu'un burin malicieux allait graver tant bien que mal. Les malheureux comme
moi qui ont SUBI cette époque difficile en sont restes marqués
à vie. Le graveur nous faisait un échantillon, que l'on appelait
"souple" qui n'avait rien de souple vu qu'il était du même
métal que son jumeau de flan (j'en ai encore une centaine dans mes
archives, on n'a arrêté ce cauchemar qu'en 1991) et qui servait
de référence par comparaison avec le premier exemplaire pressé.
A titre de mémoire, je rappelle que le vinyl était gravé
en stéréo par un déplacement latéral du burin
pour les informations de SOMME (gauche+droite) et verticalement pour les informations
de DIFFÉRENCE (gauche-droite) Or, si le déplacement latéral
n'était limité que par la durée du programme musical
(sillons larges : minutage réduit) le déplacement vertical,
lui était limité par l'épaisseur minuscule séparant
la couche de vinyl de la ferraille. DONC: impossible de mettre la grosse caisse
à gauche et la basse à droite impossible de mettre des informations
hors-phase à un niveau moyen impossible d'avoir un niveau de DIFFÉRENCE
supérieur à un niveau de SOMME impossible, impossible... un
vrai cauchemar. Heureusement, des hommes acharnés et compétents,
connaissant leur machine mieux que le constructeur, arrivaient à faire
des miracles, et à faire les vinyls de référence que
l'on écoute encore aujourd'hui avec un plaisir extrême. Mais
à UNE condition: Il fallait impérativement que la prise de son
et le mixage aient été faits avec un soin et une qualité
exceptionnelles pour que le résultat sur le disque soit correct. Sinon,
l'homme d'art nous jetait dehors de son laboratoire en nous disant gentiment,
mais fermement, d'aller apprendre notre métier d'ingénieur...
"Pas possible de graver ça mon bonhomme, faut remixer..."
: La honte. La déchéance devant le réalisateur qui d'un
seul regard incendiaire, nous faisait comprendre qu'on était virés,
grillés à vie, qu'on avait intérêt à prendre
le premier vol pour le Bengla Desh.
Je n'exagère pas. Pas mal de confrères ont perdu leur réputation
sur le chemin des studios de gravure. D'autres, dont j'ai fait partie, on
gagné la leur par la phrase magique du graveur "Alors la, champion,
ce mix, rien à toucher, ça se grave comme du beurre" Ces
graveurs là nous aimaient, parce qu'ils pouvaient améliorer
notre travail et faire le leur correctement. Ils savaient que le responsable
de la maison de disques ne les appellerait pas trois jours après en
les insultant parce que l'échantillon pressé était inaudible,
à côté de la copie de bande qu'ils avaient dans leur bureau.
Et puis un jour est arrivé le CD. On nous a dit "Ça y est,
le cauchemar est terminé. Plus de défauts, plus de stress.
La bande master part à l'usine, plus d'humains, le CD sort de presse
et c'est un clône de votre bande master. " En fait le cauchemar
venait juste de commencer. Le graveur a rangé ses machines Neumann
au placard, a sorti de ses cartons les bancs de montages SONY et la plus grande
escroquerie du siècle de l'audio a enfin démarre... Je vous
laisse méditer sur cette belle histoire, je grille une Marlboro, je
bois un café et je libère un peu de bande passante avant la
suite de ce nouveau feuilleton "Ou est passé mon beau son?"
2/ Plus de gravure, mais du PRÉ-MASTERING
: En gros: vous faites votre mixage en studio, sur une bande analogue,
un DAT ou ce que vous voulez. Vous allez au studio de Mastering, ou un individu
met les morceaux dans l'ordre avec un système complexe et numérique.
Au début c'était le système Sony à base de PCM
1630 sur cassettes Umatic, qui est encore très courant.
Si la bande est analogique, il faut la recopier sur une cassette Umatic, avant
de la monter sur une autre cassette Umatic, qui sera le master final qui partira
à l'usine. Si c'est un Dat, il faut aussi la copier sur un Umatic pour
pouvoir la monter. (Nous parlons là des débuts du mastering).
Aligner les niveaux entre chaque morceau, éventuellement corriger,
limiter.
Une fois le montage achevé, il faut encoder l'Umatic pour lui donner
les codes PQ. Les codes PQ servent à indexer le cd. Ce sont eux qui
font que le lecteur de cd se repère au début de chaque titre.
Il y a un index de début de titre, et un index de fin de titre, même
si les morceaux sont enchaînés. L'index de fin de titre sert
à connaître le minutage exact du morceau. Le lecteur de CD est
capable de se positionner sur un titre grâce à ces index. Sans
rentrer dans ces détails techniques chiants (surtout pour nous quand
on le fait) les index de début et de fin ont des "offsets"
de quelques millisecondes, permettant au lecteur de se positionner légèrement
avant le morceau afin de ne pas en grignoter le début quand il démarre.
Les normes du Red book sont très strictes. Toute bande master partant
à l'usine qui ne respecte pas scrupuleusement ces normes est impitoyablement
rejetée. Afin d'être sûr du respect de ces normes, la bande
et l'enregistreur Umatic subissent une ANALYSE, qui est imprimée sur
papier et qui détaille tous les points nécessaires: Le nombre
des corrections d'erreur, la comparaison entre les codes PQ inscrits et ceux
décrits, le nombre de paquets exacts de data enregistres etc. etc...
On ne rigole pas du tout dans les usines. La bande master arrive à
l'usine. On la met dans un autre Umatic, et on refait une analyse afin d'être
sûr que la machine qui lit la bande master ne génère pas
plus d'erreurs que celle qui l'a enregistrée.
Si tout est OK, on met la bande Umatic dans le rack du LBR (Laser Beam Recorder)
et on grave le Glass Master. Ensuite, c'est fini, les robots prennent le contrôle
et les galettes s'empilent dans les boites plastiques, une presse ne faisant
pas moins de 500 CD d'un coup. Pas d'échantillons à l'unité,
votre CD va directement dans les stocks de la maison de disque et hop, à
la FNAC. La moindre erreur se répercute sur la totalité des
disques pressés, sans la moindre chance de contrôle.
Toute cette histoire, c'était avant que le virtuel ne s'en mêle.
Aujourd'hui le mastering sur Umatic est presque aussi désuet que la
locomotive à vapeur, pour la simple raison que depuis l'avènement
du virtuel, on a découvert que l'on pouvait graver le Glass Master
à double vitesse si on utilisait l'informatique. Double vitesse =2
fois plus de Glass Masters, 2 fois plus de pressés et mille fois plus
de CD par jour...
Aujourd'hui, on peut faire un Glass Master, selon les usines, à partir
d'une Umatic, d'une cassette DDP (cassette 8mm Exabyte de data contenant une
image disque du CD, le standard actuel) d'un PMCD (CD master contenant les
mêmes informations que l'Umatic) ou d'un simple Cd gravé chez
soi. En vertu des informations décrites dans les pages précédentes,
il apparaît donc que pour finir sur une DDP qui maintenant est le lecteur
standard installé dans le rack LBR, tout autre format arrivant à
l'usine est transféré en DDP. CE QUI VEUT DIRE: Qu'il y a bien
intervention humaine après la phase de pre-mastering et que cette intervention,
quand elle est faite sans compétence, peut purement et simplement ruiner
le travail de quelques mois. Mais nous sortons du sujet, on gardera ça
pour un autre débat.
3/ Faire son Pré-Mastering ? Le
troisième volet de ce passionnant article concerne plus particulièrement
ce qui se passe AUJOURD'HUI au pré-mastering, et s'il est vraiment
possible de le faire soi-même, afin d'envoyer son travail directement
à l'usine.
Comme chacun le sait aujourd'hui, le CD est en 16 bits. En vertu des traitements
imposés au signal si on doit compresser, équaliser ou booster
le master, les fichiers audio utilisés pour le pré-mastering
sont EN GÉNÉRAL en 24 bits. Je dis bien en général,
car dans l'absolu, recopier en 24 bits une cassette analogue pourrie et reproduisant
la membrane d'un baffle de Marshall 100w ayant fait la tournée mondiale
de Metallica ne changera sûrement pas la face du monde, mais... le 24
bits est standard dans les studios de mastering, ou l'on traite les fichiers
audio avec des stations SADIE sur PC ou SonicSolutions sur Mac. L'Umatic est
en 16 bits, d'où sa désuétude actuelle.
Une fois le montage terminé, avec les eq et divers traitements réalisés,
on refait un master définitif en réduisant de 24bits à
16bits grâce à des programmes de dithering complexes comme l'Apogee
UV22, ou le Sony Superbit Mapping. Un CD audio ne peut être gravé
qu'en 16 bits 44.1k.
Quand le Cd est apparu, en 1982, la norme indiquait que le niveau maximum
du CD, soit 0 dBfs, était 18dB au dessus du zéro vu console.
Afin d'avoir de la marge (headroom) pour les crêtes. Avec les années,
et l'usage de plus en plus systématique de nouveaux limiteurs et compresseurs
ultra-performants, on est arrivé aujourd'hui, en 1998, à des
CD dont cette marge a été réduite à 2 sinon 1
dB. soit des Cd dont le niveau moyen est de 16 dB supérieur à
ceux de 1982. La guerre du volume est sans limite ( :-) ) et chaque studio
de mastering rivalise, comme à l'époque des 45t, pour produire
un master encore plus fort que celui du voisin concurrent. Même si ça
fait de l'effet, il y a quand même un problème, car le lecteur
moyen de Cd ayant été construit pour une marge de 18dB, a beaucoup
de mal à sortir de son préampli cheap de quoi sortir 0 dB en
volume moyen. Il arrive même que le niveau du disque impose au lecteur
de tirer plus de jus de son alimentation que celle ci ne peut en fournir;
résultat: distorsion, son horrible.
Le fait d'avoir beaucoup de niveau sur un Cd n'est pas relatif au fait d'avoir
été masterisé en 24bits, mais d'avoir été
limité et compressé de telle manière que n'ayant plus
de crêtes, on peut remonter le volume de 3 6, voire 9 dB sans soucis.
Inutile de dire que si la musique n'a pas été pensée
en conséquence, le résultat final peut être décevant
artistiquement.
Très fort ne veut pas toujours dire bon. Tout le monde aujourd'hui
peut faire un master chez lui, avec un peu de soin. Un appareil comme le TC
Finalizer, bien utilisé, peut donner les mêmes résultats
théoriques que ceux que l'on utilise pour un mastering pro. Il faut
surtout avoir l'expérience de ces techniques, car toute erreur est
bien entendu fatale. Car il est difficile, sans une installation spécialisée,
d'être sûr d'être vraiment aux normes des usines.
4/ Au niveau du mix : Etre sûr
de l'importance des nuances que l'on désire. Dans le cas d'un cd destiné
à être écouté par un individu normal, n'ayant pas
une chaîne hi-fi 2X1254w installée dans un bunker en béton
isolé parfaitement des pollutions sonores du voisinage, il est très
difficile de profiter de nuances supérieures à 6 dB sans avoir
sans fin à monter le son pour entendre les ppp, baisser le son quand
il y a des fff, etc.
Si on est sûr de son coup et que l'on a pu vérifier que ces nuances
sont RÉALISTES, essayer de limiter sagement les instruments les plus
pointus, ceux qui font que le crête-mètre tape vers le zéro,
même quand on a l'impression qu'il n'y a pas de volume. Dans la liste,
TOUTES les percussions, certaines notes de piano, les consonnes des voix (les
T... et les K... trop compressées)
Si chaque instrument est soigneusement raboté sans pour autant nuire
à sa qualité, le mix aura déjà un rapport crête/volume
plus proche de la réalité. Si pour une raison, un instrument
lâche une crête de 6 dB supérieure aux autres, le niveau
moyen du cd sera de 6 dB en dessous, en prenant cette unique crête du
morceau comme niveau maximum. Dommage...
Une fois le mix terminé et soigneusement vérifié ; à
ce sujet, le mastering consistera à le mettre aux normes du monde extérieur.
C'est à dire: équaliser la bande master , le cas échéant,
pour annuler les défauts de l'écoute sur laquelle le mix a été
fait. Il va sans dire que pour effectuer cette opération, il faut disposer
d'une écoute de référence sur laquelle on entend tout,
les qualités comme les défauts, qui a fait ses preuves, c'est
à dire déjà envoyé quelques galettes dans la nature
avec succès.
Ensuite, il faut booster le niveau électrique de la bande master, si
possible, afin que le pressage effectué, le cd soit comparable aux
autres productions de la planète, et que la seule différence
entre votre rondelle magique et celle du meilleur cd de l'année ne
soit que musicale, et pas technique.
Booster veut dire monter le niveau, si les crêtes le permettent. Si
le master a été fait sur un DAT non étalonné,
on peut gagner pas mal de niveau. Si il faut booster, on remonte également
le bruit de fond qui est derrière la musique. Si le mix est inconsistant
en "volume", il faut compresser le mix. Raboter les crêtes
inaudibles ne veut pas dire compresser ou écrabouiller un mix, c'est
juste le moyen de remonter le niveau global vers le haut. La bande analogique,
elle, avait le talent (elle l'a toujours d'ailleurs) de raboter ces crêtes
avec douceur.
L'oreille humaine déteste les crêtes, qui sont rabotées
naturellement par le tympan. Les laisser n'amène rien de musical, juste
une sensation flagrante de fatigue auditive après quelques minutes
d'écoute. Un son "pointu" et sans épaisseur. Il va
sans dire que ces traitements réduisent le rapport signal/bruit du
mix. C'est pourquoi le mastering a établi sa norme en 24bits, de manière
à avoir plus de marge vers le bas pour ce genre de traitements.
Mais tant qu'on AMÉLIORE le contenu musical, on optimise le résultat.
tant pis pour le souffle et la distorsion si la musique est meilleure. Seul
le résultat compte. Quand on fait ce travail tout seul à la
maison, le seul conseil que je peux donner est de comparer ce qu'on fait avec
plein de disques que l'on connaît et qui se rapprochent de la musique
sur laquelle on travaille. Pour ne pas être trop trompé par des
convertisseurs cheap, essayer de trouver un lecteur de cd à sortie
numérique . Pour le ProTools, la solution la moins coûteuse et
qui se rapproche le plus des outils de mastering pro est le plug-in Waves
Maximizer; en expérimentant, on trouve assez facilement des réglages
d'optimisation de niveau très convaincants.
Cet article est extrait de messages de Dominique
Blanc-Francard dans la mailing-list de MacMusic
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